« Nous vivons une période passionnante, qui comporte des risques et des opportunités »

Directeur général d'ABB Sécheron, Président de l'Union des Association patronales de Genève (UAPG) mais également membre du conseil de fondation de l’Office de promotion des Industries et des Technologies (OPI) depuis de nombreuses années, Jean-Luc Favre est un acteur incontournable du monde de l’économie et de l’industrie à Genève. En ce début d’année, il a accepté de répondre à quelques questions sur l’industrie à Genève, les défis qui l’attendent et les opportunités qu’elle se devra de saisir.

 

En ce début d’année 2017, la situation des marchés internationaux et du monde en général semble marquée par une incertitude accrue. Quelles conséquences cette incertitude peut-elle avoir sur l’industrie genevoise ?

Soyons clairs, la période n’est pas simple, les entreprises industrielles genevoises qui sont principalement exportatrices traversent une période difficile. La croissance des marchés est généralement faible, la concurrence accrue et le taux de change pèse fortement sur les marges. Les conditions cadres suisses sont mises en question et les conditions du commerce européen et mondial sont de plus en plus incertaines. Nos capacités d’adaptation et d’imagination sont mises à rude épreuve car nous sentons tous que le monde change rapidement et qu’il ne suffit pas de naviguer à vue ou de faire le dos rond pour attendre des jours meilleurs. Personnellement je trouve cette période passionnante car, comme tout changement, elle présente des risques mais également des opportunités. Je conçois cependant qu’elle soit également anxiogène pour ceux qui ont peur du changement.

Au-delà du contexte international, l’industrie genevoise a eu et aura, ces prochains mois, son lot de défis à relever (franc fort, difficultés du secteur horloger, main d’œuvre, RIE III). Elle a aussi de belles opportunités à saisir, sur des marchés nouveaux ou porteurs. Voyez-vous des pistes à explorer et à privilégier dans ce contexte ?

Nous devons travailler sur tous les axes clés du développement de nos entreprises simultanément. Premièrement, assurer le court terme en livrant à nos clients des prestations exemplaires. Deuxièmement, améliorer notre performance de manière continue. Troisièmement, innover imaginer de nouveaux produits, services sur les axes stratégiques que nous avons choisis. Tout ceci en faisant preuve d’agilité et de vitesse dans notre capacité à nous remettre rapidement en question.

Nos entreprises industrielles sont au cœur d’écosystèmes intéressants. Nous devons apprendre à mieux évoluer dans cet environnement complexe en associant nos expertises et nos compétences. Nous devons être capables de fonctionner en réseau d’entreprises privées de toutes taille (des startups aux multinationales), d’entreprises publiques, de centre de recherche, de hautes écoles, d’universités pour innover dans des domaines d’excellence et stratégiques.

Depuis quelques temps on parle beaucoup de la numérisation de l’industrie. Est-ce vraiment LE grand défi actuel du secteur industriel ?

Effectivement, la quatrième révolution industrielle est en marche et elle va se traduire par l’introduction rapide de nouvelles technologies au sein de nos entreprises. Il de s’agit pas uniquement de robotisation car tous les éléments de la chaine de valeur ajoutée de l’entreprise sont concernés. L’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la réalité augmenté, l’impression 3 D vont révolutionner notre façon de concevoir, de fabriquer, de distribuer nos produits et services.

Y’en a-t-il d’autres ?

En dehors des processus internes à nos entreprises, ce sont les produits et services que nous fournissons qui vont révolutionner notre quotidien. Ceci dans les domaines de la formation, de la santé, de la mobilité, de l’habitat, de l’énergie,…. Cette révolution est déjà en marche et va s’accélérer. Notre capacité actuelle à pouvoir collecter, échanger et analyser des quantités phénoménales d’information est l’une des clés de cette révolution.

Tous ces changements ont et vont avoir un impact sur la façon dont nous créons de la richesse. De nombreux métiers vont disparaitre, d’autres vont être créés. Nous avons une responsabilité majeur dans la réflexion de ces impacts sur notre modèle de société afin que chacun y ai une place et que l’Homme et son bien-être, son savoir être soient mis au centre de nos réflexions et décisions.

Vous êtes membre du conseil de fondation de l’OPI. Comment voyez-vous le rôle d’une telle structure dans le contexte actuel ?

L’OPI est une organisation à laquelle je suis très attaché et qui joue un rôle important dans l’environnement que nous venons de décrire. Le Geneva Creativity Center, le think tank Industrie 4.0, Virtual Switzerland, le projet Tosa sont des initiatives importantes auxquelles l’OPI est étroitement associée et qui permettent aux entrepreneurs de pouvoir travailler ensemble dans l’écosystème industriel genevois. Les veilles sectorielles et le soutien apporté aux entreprises membres dans de nombreux domaines sont également importants. L’OPI doit également être un catalyseur du développement de projets collaboratifs entre des acteurs qui aujourd’hui se connaissent pas ou peu. Je pense aux entreprises, aux monde académique, à la Genève internationale aux investisseurs et ceci non seulement dans le domaine technologique mais également dans le domaine des sciences humaines et sociales. A quand un think tank Humanité 4.0 ?

Propos recueillis par Philip Maguire

Quelques Membres